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Stratégie gouvernementale marchés publics : bilan 2026

Débutant5 min de lecture15 avril 2026
Vérifié 2 juillet 2026
Skander Millequant · Fondateur d’AdjudicaNon affilié au gouvernement

L’essentiel en 30 secondes

  • 85 % des contrats publics étaient octroyés à des entreprises québécoises en 2023-2024 (derniers chiffres détaillés du SCT), contre 78 % en 2019-2020.
  • L'objectif de 1,5 G$ en hausse d'achats québécois a été dépassé dès la troisième année, le Budget 2026-2027 fait état d'un dépassement total de 2,2 G$.
  • La Stratégie gouvernementale des marchés publics 2026-2030 a été dévoilée le 23 juin 2026 : cible d'achat québécois portée de 50 % à 60 % d'ici 2030, et part des contrats attribués sur la qualité portée de 28 % à 33 %.

La Stratégie gouvernementale des marchés publics, « Pour des marchés publics innovants », a été lancée en février 2022 et s'est terminée le 31 mars 2026. Quatre ans, des dizaines de mesures, et un objectif central : que l'État québécois achète davantage chez les entreprises d'ici.

On a épluché les bilans officiels du Secrétariat du Conseil du trésor pour en tirer ce qui a réellement changé pour les PME, sans le vernis des communiqués de presse.

Ce qui a bougé : les chiffres

Le gouvernement avait fixé des cibles ambitieuses. Certaines ont été atteintes, d'autres dépassées.

L'achat québécois en hausse. En 2019-2020, 78 % de la valeur des contrats publics allaient à des entreprises québécoises. En 2023-2024 (derniers chiffres détaillés publiés par le SCT), cette proportion est passée à 85 %, pour un total d'environ 27 G$ sur 32 G$ en contrats. La part d'approvisionnement en biens québécois est passée de 38 % à 52 %.

L'achat québécois, avant et après la stratégie2019-20202023-202478 %85 %Contrats publicsattribués au Québec38 %52 %Approvisionnementen biens québécoisSource : Secrétariat du Conseil du trésor, bilan 2023-2024.

L'objectif des 1,5 milliard dépassé. La stratégie visait une hausse de 1,5 milliard de dollars en achats québécois d'ici 2025-2026. Ce seuil a été franchi dès la troisième année. Le Budget de dépenses 2026-2027 (déposé en mars 2026) confirme un dépassement total estimé à 2,2 G$. En régime permanent, l'effet est estimé à une hausse annuelle de 530 millions de dollars en achats de biens québécois.

L'impact économique estimé. Le gouvernement chiffre l'effet à 420 millions de dollars par an en hausse du PIB réel du Québec. Des chiffres à prendre avec prudence, ce sont des simulations, pas des mesures directes, mais l'ordre de grandeur indique un effet réel sur l'activité économique.

Info

Pour les PME, que signifient ces chiffres ? Plus de contrats allant à des entreprises québécoises = plus d'opportunités pour les PME d'ici. Mais « québécois » ne veut pas dire « petite entreprise ». Une grande partie de cette hausse a bénéficié à des entreprises de taille moyenne et grande. Le vrai test de la Stratégie 2026-2030 sera de mesurer spécifiquement l'accès des PME, pas juste celui des « entreprises québécoises » en général.

Les mesures qui ont compté

Parmi les dizaines de mesures de la stratégie, celles qui ont eu un impact concret pour les PME :

La loi 12 (Loi visant à promouvoir l'achat québécois). Adoptée en 2022, elle a donné aux organismes publics le droit de réserver des contrats aux PME québécoises et d'accorder une marge préférentielle d'au plus 10 % en fonction de la valeur québécoise ajoutée. Avant cette loi, favoriser une entreprise locale sur un contrat public était juridiquement risqué.

Le répertoire des fournisseurs. Le gouvernement a mis en place des outils pour aider les donneurs d'ouvrage à trouver des fournisseurs québécois. Utile pour les PME qui n'avaient pas de visibilité auprès des acheteurs publics.

Les ateliers régionaux. Des ateliers thématiques dans les régions pour familiariser les entreprises avec les processus de soumission. L'intention était bonne. L'impact réel est difficile à mesurer, les PME qui ont le plus besoin de ces ateliers sont souvent celles qui n'ont pas le temps d'y assister.

Ce qui n'a pas vraiment changé

Soyons directs : malgré la stratégie, les irritants fondamentaux des PME face aux marchés publics sont toujours là.

La complexité administrative. Remplir une soumission reste un exercice lourd. Les documents d'appel d'offres font souvent des dizaines de pages, le jargon est dense, et une pièce obligatoire manquante peut suffire à faire rejeter une soumission, selon les règles de conformité du dossier. La stratégie n'a pas simplifié le processus de soumission lui-même.

Les exigences d'expérience passée. Beaucoup de contrats demandent encore « 3 à 5 contrats similaires dans les 5 dernières années ». Pour une PME qui n'a jamais eu de contrat public, c'est un cercle vicieux que la stratégie n'a que partiellement adressé.

La concentration géographique. L'objectif de 60 % des contrats allant à des entreprises hors Montréal et Capitale-Nationale est louable, mais les grandes régions métropolitaines captent encore la majorité des contrats de services professionnels et de TI.

Le coût-efficacité de la stratégie est aussi débattu. Le ratio coût/bénéfice de cette approche de préférence québécoise soulève des critiques, notamment dans les milieux de recherche économique et les associations d'affaires : risque de hausse des coûts pour le contribuable, complexité réglementaire ajoutée, bénéfice inégalement réparti entre PME et grandes entreprises québécoises. Le débat reste ouvert : les chiffres officiels mesurent les retombées, pas les coûts d'opportunité.

La Stratégie 2026-2030, maintenant publiée

La Stratégie 2022-2026 s'est terminée le 31 mars 2026, au terme d'une vaste consultation publique menée par la ministre France-Élaine Duranceau (tables sectorielles avec la construction, les technologies de l'information, la santé et l'agroalimentaire, à eux seuls plus de 85 % de la valeur des contrats publics, et une consultation en ligne close le 9 février 2026). Le gouvernement a dévoilé la Stratégie gouvernementale des marchés publics 2026-2030 le 23 juin 2026.

Deux cibles chiffrées structurent la nouvelle stratégie :

Porter l'achat québécois de 50 % à 60 % d'ici 2030. Le gouvernement vise à faire passer à 60 % la part des biens achetés auprès d'entreprises québécoises, soit près de 1,9 milliard de dollars d'achats supplémentaires chez les entreprises d'ici.

Porter de 28 % à 33 % la part des contrats attribués sur la qualité. Davantage de contrats évalués sur des critères de qualité et de valeur, plutôt que sur le seul plus bas prix.

Les leviers annoncés : une marge préférentielle pouvant atteindre 10 % pour un produit fabriqué ici, la réservation de certains appels d'offres aux petites entreprises québécoises, des exigences de matériaux québécois ou canadiens, et la régionalisation de contrats. Pour la première fois, les grands organismes publics devront inscrire leur cible d'achat québécois dans leur planification stratégique et en rendre compte chaque année.

Pour les PME, le signal est clair : elles sont placées au cœur de la stratégie, avec un objectif explicite de meilleur accès et de réduction des irritants. Reste le vrai test, déjà soulevé plus haut : mesurer spécifiquement l'accès des PME, pas seulement celui des « entreprises québécoises » en général.

Conseil

Ce que vous pouvez faire maintenant : n'attendez pas que les nouvelles mesures se déploient pour commencer à soumissionner. Les mesures de la loi 12 (marges préférentielles, contrats réservés) sont toujours en vigueur, et la Stratégie 2026-2030 les prolonge. Si vous n'avez jamais soumissionné, notre guide Comment répondre à un appel d'offres vous accompagne pas à pas. Le meilleur moment pour bâtir votre historique de contrats publics, c'est avant que vos concurrents décident de faire la même chose.

Pour aller plus loin : le guide complet du SEAO et Peut-on soumissionner sans expérience ?. Retrouvez aussi l'ensemble des analyses et données d'Adjudica.

Sources

Publications du Secrétariat du Conseil du trésor : Budget de dépenses 2026-2027 (mars 2026), Stratégie gouvernementale des marchés publics 2022-2026 « Pour des marchés publics innovants », Bilan mi-parcours de la Stratégie (données 2023-2024), Tableau de bord achat québécois. Consultation publique sur les marchés publics (novembre 2025 à février 2026). Critiques mentionnées : IEDM, FCEI, CFCQ, articles d'opinion 2024-2026.

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