L'essentiel en 30 secondes
- →85 % des contrats publics étaient octroyés à des entreprises québécoises en 2023-2024 (derniers chiffres détaillés du SCT), contre 78 % en 2019-2020.
- →L'objectif de 1,5 G$ en hausse d'achats québécois a été dépassé dès la troisième année, le Budget 2026-2027 fait état d'un dépassement total de 2,2 G$.
- →La prochaine stratégie est attendue au printemps 2026, une consultation publique s'est terminée le 9 février 2026.
La Stratégie gouvernementale des marchés publics, « Pour des marchés publics innovants », a été lancée en février 2022 et s'est terminée le 31 mars 2026. Quatre ans, des dizaines de mesures, et un objectif central : que l'État québécois achète davantage chez les entreprises d'ici.
On a épluché les bilans officiels. Voici ce qui a réellement changé pour les PME, sans le vernis des communiqués de presse.
Ce qui a bougé : les chiffres
Le gouvernement avait fixé des cibles ambitieuses. Certaines ont été atteintes, d'autres dépassées.
L'achat québécois en hausse. En 2019-2020, 78 % de la valeur des contrats publics allaient à des entreprises québécoises. En 2023-2024 (derniers chiffres détaillés publiés par le SCT), cette proportion est passée à 85 %, pour un total d'environ 27 G$ sur 32 G$ en contrats. La part d'approvisionnement en biens québécois est passée de 38 % à 52 %.
L'objectif des 1,5 milliard dépassé. La stratégie visait une hausse de 1,5 milliard de dollars en achats québécois d'ici 2025-2026. Ce seuil a été franchi dès la troisième année. Le Budget de dépenses 2026-2027 (déposé en mars 2026) confirme un dépassement total estimé à 2,2 G$. En régime permanent, l'effet est estimé à une hausse annuelle de 530 millions de dollars en achats de biens québécois.
L'impact économique estimé. Le gouvernement chiffre l'effet à 420 millions de dollars par an en hausse du PIB réel du Québec. Des chiffres à prendre avec prudence, ce sont des simulations, pas des mesures directes, mais l'ordre de grandeur indique un effet réel sur l'activité économique.
Pour les PME, que signifient ces chiffres ? Plus de contrats allant à des entreprises québécoises = plus d'opportunités pour les PME d'ici. Mais « québécois » ne veut pas dire « petite entreprise ». Une grande partie de cette hausse a bénéficié à des entreprises de taille moyenne et grande. Le vrai test pour la prochaine stratégie sera de mesurer spécifiquement l'accès des PME, pas juste celui des « entreprises québécoises » en général.
Les mesures qui ont compté
Parmi les dizaines de mesures de la stratégie, celles qui ont eu un impact concret pour les PME :
La loi 12 (Loi visant à promouvoir l'achat québécois). Adoptée en 2022, elle a donné aux organismes publics le droit de réserver des contrats aux PME québécoises et d'accorder une marge préférentielle d'au plus 10 % en fonction de la valeur québécoise ajoutée. Avant cette loi, favoriser une entreprise locale sur un contrat public était juridiquement risqué.
Le répertoire des fournisseurs. Le gouvernement a mis en place des outils pour aider les donneurs d'ouvrage à trouver des fournisseurs québécois. Utile pour les PME qui n'avaient pas de visibilité auprès des acheteurs publics.
Les ateliers régionaux. Des ateliers thématiques dans les régions pour familiariser les entreprises avec les processus de soumission. L'intention était bonne. L'impact réel est difficile à mesurer, les PME qui ont le plus besoin de ces ateliers sont souvent celles qui n'ont pas le temps d'y assister.
Ce qui n'a pas vraiment changé
Soyons directs : malgré la stratégie, les irritants fondamentaux des PME face aux marchés publics sont toujours là.
La complexité administrative. Remplir une soumission reste un exercice lourd. Les documents d'appel d'offres font souvent des dizaines de pages, le jargon est dense, et une seule pièce manquante entraîne un rejet automatique. La stratégie n'a pas simplifié le processus de soumission lui-même.
Les exigences d'expérience passée. Beaucoup de contrats demandent encore « 3 à 5 contrats similaires dans les 5 dernières années ». Pour une PME qui n'a jamais eu de contrat public, c'est un cercle vicieux que la stratégie n'a que partiellement adressé.
La concentration géographique. L'objectif de 60 % des contrats allant à des entreprises hors Montréal et Capitale-Nationale est louable, mais les grandes régions métropolitaines captent encore la majorité des contrats de services professionnels et de TI.
Le coût-efficacité de la stratégie est aussi contesté. Plusieurs voix (IEDM, FCEI, CFCQ entre autres) ont questionné le ratio coût/bénéfice de l'approche de protectionnisme : risque de hausse des coûts pour le contribuable, complexité réglementaire ajoutée, bénéfice inégalement réparti entre PME et grandes entreprises québécoises. Le débat reste ouvert, les chiffres officiels mesurent les retombées, pas les coûts d'opportunité.
Ce qu'on sait de la prochaine stratégie
La Stratégie 2022-2026 s'est terminée le 31 mars 2026. Le gouvernement a lancé une vaste consultation publique en novembre 2025, menée par la ministre France-Élaine Duranceau. La dé