L’essentiel en 30 secondes
- Un contrat public n'apparaît pas au SEAO le jour de son attribution. La moitié des contrats y paraissent en trois semaines environ, au moins un sur dix met environ neuf mois ou davantage, et au moins 6 % ne sont toujours pas parus un an après leur attribution.
- Un mois lu tôt est donc incomplet. Un mois après sa fin, il manque encore environ 39 % des contrats attribués ce mois-là, et environ 22 % trois mois après. Aucun mois n'est jamais tout à fait complet : le manque diminue à mesure qu'on recule, il ne disparaît pas.
- Le constat de fond ne bouge pas d'une édition à l'autre : près de 2 contrats publics sur 3 sont attribués sans appel d'offres, et cette part varie fortement selon la famille d'acheteurs, d'environ 49 % chez les centres de services scolaires à environ 87 % dans le réseau de la santé.
Chaque mois, nous lisons les données ouvertes du SEAO (le registre public des contrats de l'État québécois) pour en tirer ce qui compte pour une PME. Édition de septembre 2026. Cette fois, le chiffre qui ressort ne porte pas sur ce que le SEAO contient, mais sur le temps qu'il met à le contenir.
Le fait du mois : entre l'attribution d'un contrat et sa parution, il se passe des semaines
Un contrat public n'apparaît pas au SEAO le jour où il est attribué. Il apparaît quand son enregistrement y est publié, et l'écart entre les deux se compte en semaines, parfois en années.
Sur les contrats attribués depuis 2021 et observés assez longtemps pour que la mesure soit stable, la moitié paraissent dans les trois semaines environ qui suivent leur attribution. Mais l'écart s'étire beaucoup au-delà : au moins un contrat sur dix met environ neuf mois ou davantage, et au moins 6 % ne sont toujours pas parus un an après leur attribution.
Ce délai n'est pas le même selon la porte d'entrée :
- contrats attribués sans appel d'offres : la moitié paraissent en quatre semaines environ, et au moins 8 % attendent plus d'un an ;
- contrats attribués par appel d'offres : la moitié paraissent en deux semaines environ, et au moins 3 % attendent plus d'un an.
Ce qui manque encore, dans les mois qui suivent une attribution, penche donc du côté des contrats attribués sans appel d'offres.
Prenez maintenant les contrats attribués un mois donné, et comptez-les à différentes distances de ce mois. Il en manque encore :
- environ 39 % un mois après la fin du mois ;
- environ 28 % deux mois après ;
- environ 22 % trois mois après ;
- environ 19 % quatre mois après ;
- environ 8 % un an après.
Aucun de ces mois n'est jamais tout à fait complet. Le manque diminue à mesure qu'on recule, il ne disparaît pas.
Cette queue de distribution n'a rien d'une abstraction. Nous avons relevé des contrats attribués en 2021 dont l'attribution n'a paru au SEAO qu'en 2026, plus de quatre ans plus tard. Ces cas ne disent pas la règle. Ils disent jusqu'où elle peut aller.
Source : analyse Adjudica des données ouvertes du SEAO, corpus au 31 août 2026. Délai mesuré entre la date d'attribution d'un contrat et la première parution de son enregistrement dans les publications du SEAO, comptage par processus de passation (un marché = un OCID). Les taux d'attente sont des planchers : un contrat qui n'a jamais paru ne peut pas être compté.
Ce que cela veut dire pour vous. Si vous ouvrez le SEAO pour jauger un marché, un acheteur ou un concurrent, ne comptez pas les derniers mois comme s'ils étaient complets. Deux conséquences pratiques. D'abord, un acheteur sans publication récente n'est pas forcément un acheteur inactif : vous ne pouvez pas conclure à l'absence d'achats à partir de l'absence de publication. Ensuite, si vous rangez les contrats par leur date d'attribution, comme on le fait spontanément, ce qui manque aux mois récents penche du côté des contrats sans appel d'offres : la part attribuée sans appel d'offres que vous lisez est alors trop basse, pas trop haute. Pour comparer deux périodes, prenez-les à la même distance dans le passé, sans quoi vous comparez surtout leurs états de publication.
Le constat de fond n'a pas bougé
Sur les douze mois aux données consolidées, de juin 2025 à mai 2026, le SEAO compte 56 373 contrats dont l'enregistrement a été publié pendant cette période. Parmi eux, près de 2 sur 3 sont attribués sans appel d'offres : environ 65 %, contre environ 64 % sur les douze mois de notre édition de juin.
Pris un par un, en revanche, les douze mois de cette même période vont d'environ 60 % à environ 74 %. C'est l'agrégat de douze mois qui est stable, pas le mois : une part lue sur quelques semaines ne dit rien de la tendance.
Cette part varie aussi fortement selon la famille d'acheteurs, et l'écart entre familles reste du même ordre qu'en juin :
- réseau de la santé et des services sociaux : environ 87 % des contrats attribués sans appel d'offres ;
- organismes provinciaux et autres : environ 68 % ;
- organismes municipaux : environ 60 % ;
- centres de services scolaires : environ 49 %, la plus concurrentielle des quatre familles.
La moitié des contrats sont des services (50 %), près d'un tiers des biens (31 %), et moins d'un cinquième des travaux (environ 19 %). Nous détaillons la mécanique du gré à gré dans notre article sur les contrats de gré à gré.
Le mois le plus récent : ce qui a été publié en juillet 2026 (chiffres provisoires)
Parmi les contrats dont l'enregistrement a été publié en juillet 2026, l'extraction du 31 août 2026 en recense 3 869. La part sans appel d'offres y apparaît très élevée, environ 83 %, bien au-dessus de la part consolidée de 65 %.
Pourquoi « provisoire », et comment lire ce 83 %. Ce baromètre range chaque contrat dans le mois où son enregistrement a été publié au SEAO, et non dans celui où il a été attribué. Sur cette base, le délai de publication ne permet pas de prévoir dans quel sens la part d'un mois récent va bouger : il dit seulement que le décompte d'un mois récent n'a pas fini de monter. Ce 83 % décrit l'extraction du 31 août 2026 ; ce n'est pas une estimation de la part finale de juillet. C'est exactement pourquoi nous appuyons ce baromètre sur douze mois arrêtés à mai 2026, en écartant juin, juillet et août, et jamais sur le seul dernier mois. On ne peut pas combler ce qui n'est pas publié. On peut refuser de le compter comme s'il l'était.
Les secteurs les plus actifs
Parmi les contrats publiés pendant la période consolidée, les domaines les plus présents au SEAO, par nombre de contrats : bâtiments (environ 12 %), entretien, réparation et installation de biens et d'équipement (environ 9 %), services d'architecture et d'ingénierie (environ 8 %), services de soutien professionnel et administratif (environ 7 %), puis, à parts presque égales, matériel informatique et logiciel et ouvrages de génie civil (environ 6 % chacun). On n'a pas besoin d'être une entreprise de construction pour vendre à l'État.
Ce qu'il faut retenir
Les données ouvertes du SEAO disent beaucoup, et elles le disent avec du retard. Un contrat attribué met en général quelques semaines à y paraître, mais au moins un sur dix met plus de six mois, et au moins 6 % passent l'année. Ce n'est pas un détail de méthode : c'est ce qui décide si le chiffre que vous lisez décrit le marché, ou seulement la partie du marché qui est déjà publiée.
La règle pratique tient en deux lignes. Aucun mois n'est jamais tout à fait complet, et le manque diminue à mesure qu'on recule. C'est pour cela que notre fenêtre s'arrête à mai 2026 et écarte juin, juillet et août : ce n'est pas un seuil de complétude, c'est une marge de sécurité.
Votre action ce mois-ci. Choisissez un acheteur que vous suivez et un mois récent. Comptez ce que le SEAO en montre aujourd'hui, et notez ce nombre avec la date de votre relevé. Refaites exactement le même comptage dans trois mois, sur le même acheteur et le même mois. L'écart entre les deux relevés est ce que vous auriez pris pour du vide si vous aviez conclu tout de suite. C'est le seul moyen de voir le remplissage de vos propres yeux, et il ne coûte que deux recherches. Nous expliquons la mécanique dans le guide de la recherche avancée au SEAO.
Méthodologie
Les chiffres de ce baromètre proviennent des données ouvertes du SEAO (Système électronique d'appel d'offres). Nous retenons les contrats attribués (avec un fournisseur et un montant supérieur à zéro), rattachés à la période analysée par la date de publication de leur enregistrement au SEAO et non par leur date d'attribution, en comptant par processus de passation (un marché = un OCID). Les parts « consolidées » portent sur les douze mois de juin 2025 à mai 2026 ; les mois de juin, juillet et août 2026 sont écartés du calcul parce que le délai de publication les déforme encore, et le plus récent est présenté à part, comme provisoire. Le type d'acheteur est identifié à partir du nom de l'organisme (l'identifiant d'acheteur du SEAO est instable), puis regroupé en quatre familles. Les parts sont toujours calculées à l'intérieur d'une même famille. Aucune entreprise et aucun organisme ne sont nommés.
Le délai de publication est mesuré autrement : pour chaque contrat, entre la date d'attribution que porte son enregistrement et la date de la première publication du SEAO où cet enregistrement apparaît avec son attribution. La mesure ne porte que sur les contrats observés assez longtemps pour que leur délai soit connu, ce qui rend les taux d'attente prudents : un contrat qui n'a jamais paru ne figure nulle part et ne peut pas être compté. Les publications du SEAO se succédant à un rythme hebdomadaire, ces délais sont donnés à une semaine près, jamais au jour.
Les parts manquantes par âge de mois sont, elles, calculées sur le mois d'attribution des contrats, parce que c'est la question que se pose un lecteur : combien de contrats attribués en juillet ne sont pas encore visibles ? ⛔ Elles ne s'appliquent donc pas au mois de publication présenté plus haut : ce sont deux découpages différents. Elles sont estimées sur le comportement des années passées et supposent que ce comportement se reproduise. Deux réserves valent d'être dites : cette estimation ignore les délais les plus extrêmes, ce qui la rend légèrement prudente ; et le délai semble s'être raccourci au fil des années, ce qui peut au contraire la rendre un peu forte pour les mois récents. Ce sont des ordres de grandeur, pas des valeurs à la décimale.
Questions fréquentes
Sources
Source des données
Jeu de données : « Système électronique d’appel d’offres (SEAO) », publié par le Secrétariat du Conseil du trésor, diffusé sur Données Québec sous licence CC BY 4.0.
Traitements : données extraites, nettoyées et analysées par Adjudica ; les chiffres présentés résultent de ces traitements et ne constituent pas une publication officielle du SEAO. Voir nos données.
- Corpus SEAO au format OCDS, arrêté au 31 août 2026. Les valeurs consolidées portent sur les douze mois de juin 2025 à mai 2026 ; la lecture du mois de juillet est celle de cette même extraction.
- Délai de publication mesuré sur l'historique des publications successives du SEAO depuis 2021.
- Catégorisation par nature de bien ou service selon la nomenclature des marchés publics québécois.
- Type d'acheteur regroupé par Adjudica à partir du nom de l'organisme.
Le Baromètre paraît chaque mois : retrouvez toutes les éditions ainsi que l'ensemble des analyses et données d'Adjudica.
Adjudica
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