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Baromètre des marchés publics du Québec, juin 2026 : la part du gré à gré dépend d'abord de l'acheteur

Débutant7 min de lecture13 juillet 2026
Vérifié 27 août 2026
Skander Millequant · Fondateur d’AdjudicaNon affilié au gouvernement

L’essentiel en 30 secondes

  • D'après les données ouvertes du SEAO, la part des contrats attribués sans appel d'offres dépend d'abord du type d'acheteur : environ 87 % dans le réseau de la santé, contre 49 % chez les centres de services scolaires, qui mettent près de la moitié de leurs contrats en concurrence.
  • Le constat de fond tient : sur les douze derniers mois consolidés, près de 2 contrats publics sur 3 sont attribués sans appel d'offres, pour un contrat médian autour de 66 000 $.
  • Un tiers des contrats seulement, les compétitifs, portent plus des trois quarts des dollars : le contrat compétitif médian, environ 191 000 $, pèse près de quatre fois le contrat de gré à gré médian, environ 50 000 $.

Chaque mois, nous lisons les données ouvertes du SEAO (le registre public des contrats de l'État québécois) pour en tirer ce qui compte pour une PME. Édition de juin 2026. Cette fois, un chiffre ressort : la façon dont un contrat public est attribué dépend d'abord de qui achète.

Le fait du mois : la part du gré à gré va du simple au double selon l'acheteur

On parle des marchés publics comme d'un bloc unique. Les données racontent autre chose. Sur les douze derniers mois aux données consolidées (avril 2025 à mars 2026), la part des contrats attribués sans appel d'offres varie fortement selon le type d'organisme public :

  • Réseau de la santé et des services sociaux : environ 87 % des contrats sont attribués sans appel d'offres. Presque tout s'y joue par référencement et attribution directe. Et ce n'est pas un effet des achats regroupés : dans ce réseau, ils pèsent moins de 1 % des contrats. C'est du gré à gré au sens propre.
  • Centres de services scolaires : 49 %. Ce sont les acheteurs publics les plus concurrentiels du corpus. Près de la moitié de leurs contrats passent par un appel d'offres.
  • Municipalités : autour de 60 % ; organismes provinciaux : autour des deux tiers (67 %), proches de la moyenne d'ensemble.

Source : analyse Adjudica des données ouvertes du SEAO, contrats dont l'enregistrement a été publié d'avril 2025 à mars 2026, comptés par processus de passation (un marché = un OCID). Type d'acheteur identifié au nom de l'organisme.

Info

Ce que cela veut dire pour vous. Votre stratégie ne devrait pas être la même selon l'organisme que vous visez. Face à un acheteur qui attribue surtout sans appel d'offres, comme un établissement de santé, l'enjeu est d'être connu et référencé avant que le besoin existe. Face à un acheteur qui met ses contrats en concurrence, comme un centre de services scolaire, l'enjeu est la qualité de votre soumission le jour de l'avis. Le même effort commercial ne produit pas le même résultat des deux côtés.

Le constat de fond n'a pas bougé

La structure d'ensemble reste stable, mois après mois. Sur ces douze mois consolidés, le SEAO compte environ 57 100 contrats attribués, pour 54,9 milliards de dollars au corpus du 22 août 2026. Parmi eux, près de 2 sur 3 sont attribués sans appel d'offres (de l'ordre de 64 %), le plus souvent de gré à gré. Le contrat médian tourne autour de 66 000 $ : la moitié des contrats publics font moins que cela.

Ce chiffre unique cache deux marchés bien distincts. Les contrats de gré à gré sont nombreux mais petits. Les contrats compétitifs sont rares mais lourds :

  • Un tiers des contrats seulement passent par appel d'offres. Ils concentrent pourtant plus des trois quarts des dollars.
  • Le contrat compétitif médian, environ 191 000 $, pèse 3,9 fois le contrat de gré à gré médian, environ 50 000 $.

Une PME de 5 à 50 employés joue surtout dans le premier marché, celui du volume, où la tranche de 25 000 à 100 000 $ rassemble à elle seule 6 contrats sur 10. Le marché de la valeur, lui, se gagne à la soumission, et c'est là que se trouve l'argent. Nous détaillons cette mécanique dans notre article sur les contrats de gré à gré.

Le mois le plus récent : juin 2026 (chiffres provisoires)

Pour juin 2026, les données du SEAO au 22 juillet 2026 recensent environ 4 600 contrats attribués. La part sans appel d'offres y apparaît très élevée, autour de 82 %, bien au-dessus de la tendance consolidée.

Attention

Pourquoi « provisoire », et ce que ce 82 % veut dire. Un contrat n'apparaît au SEAO qu'un certain temps après son attribution, et ce délai n'est pas le même pour tous : les contrats attribués sans appel d'offres, nombreux et petits, mettent plus de temps à être publiés que les avis compétitifs. Ce baromètre range toutefois chaque contrat dans le mois où son enregistrement a été publié au SEAO, et non dans celui où il a été attribué. Sur cette base, ce délai ne permet pas de prévoir dans quel sens la part d'un mois récent va bouger : il dit seulement qu'un mois lu tôt est incomplet, et que son total en dollars est sous-estimé. Ce 82 % décrit l'extraction du 22 juillet 2026 ; ce n'est pas une estimation de la part finale de juin. C'est pourquoi nous appuyons ce baromètre sur douze mois consolidés, arrêtés quatre mois avant la parution, et jamais sur le seul dernier mois.

Les secteurs les plus actifs

Par nombre de contrats sur la période consolidée, les domaines les plus présents au SEAO : bâtiments (11 %), entretien et réparation de biens et d'équipements (9 %), services d'architecture et d'ingénierie (8 %), services de soutien professionnel et administratif (7 %), matériel informatique et logiciel (6 %) et ouvrages de génie civil (6 %). La moitié des contrats sont des services, un tiers des biens, et moins d'un cinquième des travaux. On n'a pas besoin d'être une entreprise de construction pour vendre à l'État.

Ce qu'il faut retenir

Le marché public québécois n'est pas un marché, mais plusieurs, selon qui achète. En nombre de contrats, il reste dominé par le gré à gré (près de 2 sur 3) et par des montants à taille humaine (médiane autour de 66 000 $). La nouveauté de cette édition tient à la ventilation par acheteur : un fournisseur de la santé se vend d'abord en se faisant référencer, un fournisseur des écoles se vend d'abord en soumissionnant. La question utile devient : qui est mon acheteur, et par quelle porte attribue-t-il ?

Conseil

Votre action ce mois-ci. Faites la liste des organismes publics que vous visez et rangez chacun dans sa famille : santé, scolaire, municipal, provincial. Pour ceux qui attribuent surtout sans appel d'offres, vérifiez que votre fiche au Répertoire des fournisseurs du SEAO est à jour et que vos codes de produits couvrent bien votre activité : c'est ce qui décide si l'acheteur vous trouve. Pour ceux qui mettent en concurrence, mettez plutôt votre énergie sur la veille des avis et sur la qualité de vos soumissions. On explique la première étape dans le guide pour s'inscrire sur le SEAO.

Méthodologie

Les chiffres de ce baromètre proviennent des données ouvertes du SEAO (Système électronique d'appel d'offres). Nous retenons les contrats attribués (avec un fournisseur et un montant supérieur à zéro), rattachés à la période analysée par la date de publication de leur enregistrement au SEAO et non par leur date d'attribution, en comptant par processus de passation (un marché = un OCID). Les parts « consolidées » portent sur les douze mois aux données stabilisées, d'avril 2025 à mars 2026 ; les mois les plus récents sont écartés du calcul de tendance parce que le délai de publication les déforme, et signalés comme provisoires.

Le type d'acheteur est identifié à partir du nom de l'organisme (l'identifiant d'acheteur du SEAO est instable), puis regroupé en quatre familles : réseau de la santé et des services sociaux, centres de services scolaires, organismes municipaux, organismes provinciaux et autres. Ce classement comporte une marge d'erreur, mais les écarts observés entre familles (de 49 % à 87 %) sont bien plus grands que cette marge. Les parts sont toujours calculées à l'intérieur d'une même famille. Les montants sont des ordres de grandeur ; aucune entreprise n'est nommée.

Questions fréquentes

Sources

Source des données

Jeu de données : « Système électronique d’appel d’offres (SEAO) », publié par le Secrétariat du Conseil du trésor, diffusé sur Données Québec sous licence CC BY 4.0.

Traitements : données extraites, nettoyées et analysées par Adjudica ; les chiffres présentés résultent de ces traitements et ne constituent pas une publication officielle du SEAO. Voir nos données.

Données actualisées le 27 août 2026 (corpus au 22 août 2026). L'explication du caractère provisoire du dernier mois donnait le mauvais sens au délai de publication ; elle est corrigée, et les valeurs consolidées de cette page sont recalculées au corpus de cette date.

  • Corpus SEAO au format OCDS : les valeurs consolidées de cette page sont recalculées sur le corpus au 22 août 2026 ; la lecture du mois de juin reste celle de l'extraction du 22 juillet 2026.
  • Catégorisation par nature de bien ou service selon la nomenclature des marchés publics québécois.
  • Type d'acheteur regroupé par Adjudica à partir du nom de l'organisme.

Le Baromètre paraît chaque mois : retrouvez toutes les éditions ainsi que l'ensemble des analyses et données d'Adjudica.

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