Adjudica.

Baromètre des marchés publics du Québec, mai 2026

Débutant7 min de lecture2 juin 2026
Vérifié 2 juin 2026
Skander Millequant · Fondateur d’AdjudicaNon affilié au gouvernement

L’essentiel en 30 secondes

  • D'après les données ouvertes du SEAO, une nette majorité des contrats publics québécois, près de 2 sur 3, sont attribués chaque mois sans appel d'offres, le plus souvent de gré à gré.
  • Le contrat médian tourne autour de 64 000 $ : le marché public quotidien, ce sont des contrats de taille modeste, pas des méga-chantiers.
  • Pour une PME, une grande part des contrats ne passe pas par les avis publics, d'où l'importance d'être déjà repérable par l'acheteur.

Chaque mois, nous lisons les données ouvertes du SEAO (le registre public des contrats de l'État québécois) pour en tirer ce qui compte vraiment pour une PME. Pas les gros titres sur les méga-chantiers, mais la réalité du marché tel qu'une petite entreprise peut l'attaquer. Édition de mai 2026.

Édition corrigée le 22 juillet 2026. Une révision de méthode a reclassé les achats mandatés (regroupements d'organismes menés par l'UMQ, la FQM ou la Société québécoise des infrastructures) comme des appels d'offres et non comme du gré à gré. Les parts recalculées bougent peu pour cette édition ; le constat d'ensemble, une nette majorité de contrats sans appel d'offres en nombre, est inchangé. Détail dans notre note de méthode.

Le constat stable : près de 2 contrats sur 3 sans appel d'offres

En regardant les mois aux données consolidées du SEAO (de juin 2025 à février 2026), un fait revient chaque mois : la majorité des contrats publiés est attribuée sans appel d'offres public. Sur environ 39 700 contrats attribués sur cette période (comptés par processus de passation, un marché = un OCID), près des deux tiers l'ont été de gré à gré (de l'ordre de 65 %), et près de 2 sur 3 sans aucune mise en concurrence ouverte. Le chiffre varie d'un mois à l'autre, mais il reste toujours largement majoritaire.

Source : analyse Adjudica des données ouvertes du SEAO. Parts consolidées sur les mois à données stabilisées (juin 2025 à février 2026) ; le mois courant est signalé comme provisoire.

Info

Ce que cela veut dire pour vous. L'image d'Épinal du marché public (un avis publié, tout le monde soumissionne, puis l'organisme applique une règle d'adjudication) ne décrit qu'une minorité des contrats, en nombre. L'essentiel se joue ailleurs : dans des attributions directes à des fournisseurs que l'organisme repère déjà. La porte d'entrée d'une PME n'est pas seulement la soumission ; c'est d'être repérable avant que le besoin existe.

Nombre et montant : deux réalités à ne pas confondre

Attention au piège d'interprétation. Si une majorité des contrats sont de gré à gré en nombre, ce n'est pas vrai en montant. Les plus gros contrats (construction, infrastructure, grands services) passent, eux, le plus souvent par appel d'offres public (sauf exceptions prévues par la loi) : peu nombreux, mais lourds en dollars. Ce sont deux marchés différents :

  • Le marché du volume : des milliers de petits et moyens contrats, surtout de gré à gré, accessibles à une PME.
  • Le marché de la valeur : quelques gros contrats compétitifs qui captent l'essentiel des montants.

Une PME de 5 à 50 employés joue surtout dans le premier, et peut y gagner, sauf quand un appel d'offres public est précisément ciblé sur son expertise.

Un marché de contrats à taille humaine

Mois après mois, la médiane des montants attribués tourne autour de 64 000 $ : la moitié des contrats publics font moins que cela. C'est une donnée libératrice pour une petite entreprise. Le marché public quotidien n'est pas fait de contrats à plusieurs millions, mais de mandats de taille raisonnable, à la portée d'une structure modeste bien organisée, typiquement dans la tranche 25 000 – 100 000 $, qui concentre le gros du volume accessible. C'est exactement le terrain que nous décrivons dans l'article sur les contrats de gré à gré.

Le mois le plus récent : mai 2026 (chiffres provisoires)

Pour mai 2026, les données disponibles au moment de publier recensent environ 3 750 contrats attribués, pour près de 640 M$. La part de gré à gré y apparaît plus élevée que la moyenne.

Attention

Pourquoi « provisoire ». Les contrats se publient au SEAO avec un délai après leur conclusion. Dans nos extractions les plus récentes, ce décalage surreprésente temporairement certains modes, dont le gré à gré : le mois courant se complétera dans les semaines suivantes. C'est pourquoi nous ancrons ce baromètre sur la tendance des mois consolidés (près de 2 sur 3), et non sur le seul dernier mois.

Les secteurs les plus actifs

Par nombre de contrats, les domaines les plus présents au SEAO ces dernières semaines : entretien et réparation de bâtiments et d'équipements, services d'architecture et d'ingénierie, services de soutien professionnel et administratif, bâtiments, matériel informatique et logiciel, fournitures et équipements médicaux. Un éventail large, où les services dominent, signe qu'on n'a pas besoin d'être une entreprise de construction pour vendre à l'État.

Ce qu'il faut retenir

Le marché public québécois, vu par ses données, n'est pas celui qu'on imagine. En nombre de contrats, il est dominé par le gré à gré (une nette majorité, chaque mois) et par des montants à taille humaine (médiane autour de 64 000 $), avec un cœur de cible dans la tranche 25 000 – 100 000 $. Pour une PME, le message est constant : une grande part des contrats attribués ne passe pas par un avis public ouvert ; la veille des avis doit donc être complétée par une stratégie de visibilité en amont auprès des organismes acheteurs. C'est une stratégie de présence autant que de soumission.

Conseil

Votre action ce mois-ci. Vérifiez que votre fiche au Répertoire des fournisseurs du SEAO est à jour et que vos codes de produits et services couvrent bien votre activité. C'est ce qui détermine si un acheteur vous trouve le jour où il cherche un fournisseur de gré à gré. On explique comment dans le guide s'inscrire sur le SEAO.

Méthodologie

Les chiffres de ce baromètre proviennent des données ouvertes du SEAO (Système électronique d'appel d'offres). Nous retenons les contrats attribués (avec un fournisseur et un montant supérieur à zéro), datés dans la période analysée (un extrait du SEAO republie d'anciens enregistrements ; nous filtrons donc sur la date d'attribution), en comptant par processus de passation (un marché = un OCID), comme dans notre enquête de fond. Les parts « consolidées » portent sur les mois aux données stabilisées ; le mois courant est signalé comme provisoire. Les montants sont des ordres de grandeur ; aucune entreprise n'est nommée.

Questions fréquentes

Sources

Source des données

Jeu de données : « Système électronique d’appel d’offres (SEAO) », publié par le Secrétariat du Conseil du trésor, diffusé sur Données Québec sous licence CC BY 4.0.

Traitements : données extraites, nettoyées et analysées par Adjudica ; les chiffres présentés résultent de ces traitements et ne constituent pas une publication officielle du SEAO. Voir nos données.

  • Corpus SEAO au format OCDS, extraction Adjudica de juin 2025 à mai 2026.
  • Catégorisation par nature de bien ou service selon la nomenclature des marchés publics québécois.

Le Baromètre paraît chaque mois : retrouvez toutes les éditions ainsi que l'ensemble des analyses et données d'Adjudica.

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