L'essentiel en 30 secondes
- →Parmi les entreprises qui gagnent au SEAO, le 1 % des plus souvent gagnantes (457 firmes) obtient 29 % des contrats adjugés et environ 30 % de leur valeur.
- →En dollars, la concentration est plus forte encore : le 1 % des fournisseurs par valeur capte 61 % des sommes adjugées (environ 263 G$ depuis 2022).
- →Cette concentration n'est pas en soi un signe d'irrégularité. Pour une PME, la leçon est de choisir ses appels d'offres avec la donnée, pas à l'instinct.
Analyse Adjudica, 2026-06-05, données ouvertes du SEAO via Données Québec, soumissions et adjudications depuis 2022.
Sur les marchés publics québécois, une petite partie des fournisseurs revient bien plus souvent que les autres. En lisant les données ouvertes du SEAO sous l'angle des soumissionnaires, plus de 559 000 soumissions depuis 2022, un constat ressort : parmi les entreprises qui ont gagné au moins un contrat, le 1 % des plus souvent gagnantes obtient 29 % des contrats adjugés. En valeur, l'écart est encore plus net.
TL;DR en 30 secondes
- Le 1 % des fournisseurs les plus gagnants (457 firmes) obtient 29 % des contrats publiés au SEAO, et environ 30 % de leur valeur.
- En dollars, le 1 % des fournisseurs par valeur capte 61 % des sommes adjugées (environ 263 G$ depuis 2022).
- La majorité gagne quand même : sur 53 900 entreprises qui ont soumissionné, près de 45 000 ont décroché au moins un contrat.
- À l'autre bout, 138 entreprises ont soumissionné 20 fois ou plus en gagnant 10 % ou moins.
- Cette concentration n'est pas en soi un signe d'irrégularité. Mais elle invite une PME à mieux choisir ses appels d'offres.
Pour qui cet article Pour les PME québécoises qui répondent aux appels d'offres publics et qui veulent comprendre à quoi ressemble vraiment le terrain avant d'investir des heures dans une soumission.
Sommaire
- Le constat : une concentration des gains
- L'autre extrémité du spectre
- Des observations qui coexistent avec cette concentration
- Tous les secteurs ne se ressemblent pas
- Ce que ça change pour votre PME
- Comment lire ces chiffres (méthode et limites)
1. Le constat : une concentration des gains
On a regardé non pas qui achète, mais qui soumissionne : pour chaque appel d'offres, les entreprises qui ont déposé une offre, et celles qui ont obtenu le contrat. Les noms ont été normalisés pour regrouper les variantes d'écriture.
Parmi les entreprises qui ont remporté au moins un contrat depuis 2022, les 457 fournisseurs les plus souvent gagnants, soit 1 % des gagnants, obtiennent 29 % des contrats adjugés et environ 30 % de leur valeur. Ce n'est pas que peu d'entreprises gagnent : sur les 53 900 qui ont soumissionné, près de 45 000 ont décroché au moins un contrat. Le déséquilibre est dans la fréquence des gains.
Vu sous l'angle des montants, c'est plus marqué encore : le 1 % des fournisseurs par valeur capte 61 % des dollars adjugés, sur un total d'environ 263 milliards de dollars depuis 2022.
2. L'autre extrémité du spectre
À l'inverse, 138 entreprises ont déposé 20 soumissions ou plus depuis 2022 tout en obtenant un taux de succès de 10 % ou moins. Huit n'ont obtenu aucun contrat parmi les adjudications publiées au SEAO que nous avons analysées.
Ce n'est pas une preuve d'échec commercial global : ces entreprises ont peut-être d'autres revenus, ou ciblent des marchés très disputés. Mais c'est un signal de coût d'occasion. Préparer une soumission conforme prend du temps. Le répéter sur des appels d'offres où la probabilité observée de gagner est faible revient à investir des heures là où le rendement est mince.
3. Des observations qui coexistent avec cette concentration
Deux constats déjà mesurés aident à lire ce portrait, sans en établir la cause. D'abord, près de 6 marchés publics sur 10 sont attribués sans appel d'offres : 60,6 % des marchés publiés au SEAO entre 2021 et 2023 l'ont été hors appel d'offres ouvert. Ensuite, 31 % des appels d'offres réellement ouverts n'attirent qu'un seul soumissionnaire (2021-2024).
Ces chiffres ne démontrent ni collusion, ni favoritisme, ni irrégularité. Ils rappellent que l'intensité de la concurrence varie fortement selon le mode d'attribution, le secteur et la région.
Cette concentration n'est pas, en soi, un indice d'irrégularité. Certains secteurs exigent une capacité financière, des équipements, des homologations ou une couverture régionale que peu d'entreprises possèdent. Gagner souvent peut simplement refléter une spécialisation réelle. La donnée décrit une distribution ; elle n'en explique pas la cause.
4. Tous les secteurs ne se ressemblent pas
La concentration n'est pas la même partout. Dans nos données, le génie civil apparaît nettement plus fragmenté que d'autres segments : les cinq principaux gagnants n'y obtiennent que 9 % des lots. À l'inverse, d'autres catégories sont dominées par un petit nombre de fournisseurs spécialisés.
Pour une entreprise, cela ne garantit rien sur un lot précis. Mais cela indique qu'une analyse par sous-secteur, région et taille de contrat peut révéler des marchés bien plus accessibles que la moyenne ne le laisse croire.
5. Ce que ça change pour votre PME
La leçon n'est pas d'abandonner les marchés publics. C'est de choisir vos dossiers avec méthode plutôt qu'à l'instinct. Avant de soumissionner, vous gagnez à regarder :
Liste de vérification
0/5 complétéEt si vous soumissionnez souvent sans gagner, ne concluez pas que le prix est le seul facteur en cause. La conformité du dossier, les références, la capacité et la lecture du devis comptent aussi. Le choix des appels d'offres mérite d'être audité au même titre que votre prix.
6. Comment lire ces chiffres (méthode et limites)
Analyse Adjudica des données ouvertes du SEAO (format inspiré de l'OCDS, diffusées via Données Québec), portant sur les soumissions et adjudications depuis 2022 : plus de 559 000 soumissions, noms d'entreprises normalisés pour regrouper les variantes.
Trois précisions importantes :
- Les chiffres portent sur les contrats publiés au SEAO (au-dessus des seuils de publication), pas sur l'ensemble des achats publics québécois. Les achats sous les seuils, souvent plus accessibles aux petites entreprises locales, n'y figurent pas.
- Le « 29 % » est une part du nombre de contrats ; la part en valeur est indiquée séparément.
- La normalisation des noms peut regrouper des graphies apparentées ou, à l'inverse, laisser séparées certaines entités liées. Les périodes sont datées par indicateur (concentration depuis 2022 ; 60,6 % sur 2021-2023 ; 31 % sur 2021-2024). Les chiffres décrivent l'historique observé ; ils ne prédisent pas le résultat d'un prochain appel d'offres.
Questions fréquentes
Sources
- Système électronique d'appel d'offres (SEAO), données ouvertes, diffusées via Données Québec (format inspiré de l'OCDS).
- Analyse Adjudica : soumissions et adjudications depuis 2022, noms d'entreprises normalisés.
- Contexte : analyses Adjudica du gré à gré (60,6 %, 2021-2023) et des appels d'offres à soumissionnaire unique (31 %, 2021-2024).