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Vous avez perdu l'appel d'offres : les données publiques disent souvent pourquoi

Débutant12 min de lecture14 juillet 2026
Vérifié 19 août 2026
Skander Millequant · Fondateur d’AdjudicaNon affilié au gouvernement

L’essentiel en 30 secondes

  • Avant de conclure que vous avez mal chiffré : sur les marchés publics inscrits au SEAO et attribués entre 2021 et 2023, 58,9 % ont été attribués sans aucun appel d'offres ; et sur les appels d'offres sur invitation de 2021 à 2024, 58 % n'ont reçu qu'une seule soumission.
  • Si vous affrontiez le fournisseur en place, son avantage dépend du marché : quand il revient défendre son contrat, il le conserve environ 39 % du temps en génie civil, mais près de 75 % du temps dans les biens récurrents.
  • Le SEAO publie les prix d'ouverture et les adjudications. Il ne publie ni les notes de qualité, ni les motifs de rejet : pour ceux-là, il faut demander à l'organisme.

Le courriel fait trois lignes. Votre soumission n'a pas été retenue, merci de votre intérêt. Aucun chiffre, aucun motif, aucune piste. Vous avez consacré quarante heures à ce dossier et vous le refermez sans savoir contre qui vous vous battiez, ni si vous aviez seulement une chance.

C'est le moment que la plupart des PME traitent comme une fin. C'est en réalité la seule occasion d'apprendre quelque chose de gratuit sur votre marché.

Parce que les données publiées après coup au SEAO en disent long. Pas tout, et nous serons précis sur ce qu'elles taisent. Mais assez pour répondre à trois questions qui décident si vous devez ajuster votre prix, changer de cible, ou ne plus jamais remettre les pieds dans ce marché.

Question 1. Cet avis vous était-il seulement ouvert ?

C'est la première chose à établir, et elle décide du sens de tout le reste.

Tous les contrats publics ne se disputent pas. Sur les marchés inscrits au SEAO, attribués entre 2021 et 2023 et dont le montant d'attribution est publié, 58,9 % ont été attribués sans aucun appel d'offres. Ceux-là ne vous ont jamais été proposés : ils apparaissent au SEAO une fois conclus. Vous ne les avez pas perdus, vous ne les avez jamais vus.

Et parmi ceux qui passent par un appel d'offres, tous ne s'adressent pas à tout le monde. Un avis public s'adresse à toute entreprise admissible ; un appel d'offres sur invitation ne s'adresse qu'aux entreprises sollicitées. La différence se lit dans la concurrence reçue, et elle est considérable : sur les appels d'offres concurrentiels de 2021 à 2024 qui ne sont pas des invitations, 20 % n'ont reçu qu'une seule soumission ; sur les appels d'offres sur invitation de la même période, 58 %.

Info

Ce que ces deux taux disent, et ce qu'ils ne disent pas. Ils comptent les avis qui n'ont reçu qu'un seul déposant, chacun sur son univers, nommé : d'un côté les appels d'offres sur invitation, de l'autre tout le reste du concurrentiel, avis d'appel d'offres en très large majorité. Ils ne disent pas que l'invitation est fermée : ils disent qu'une entreprise sollicitée y répond seule bien plus souvent. L'effet propre de la qualité des réponses, lui, ne se mesure pas dans ces données.

La conséquence pratique est directe. Si vous ne voyez passer que les avis publics, vous ne voyez qu'une partie de ce qui s'achète, et vous vous présentez dans la partie la plus disputée. Se faire connaître du service d'approvisionnement conditionne donc l'accès à une partie des dossiers, avant même toute réponse.

Le prix, lui, reste lisible dossier par dossier : quand un appel d'offres est adjugé au plus bas prix conforme, les montants d'ouverture des soumissions sont publiés au SEAO. Vous pouvez voir celui du gagnant, et le vôtre, à condition de vérifier qu'ils portent sur la même chose : même lot, même quantité, même unité. C'est un chiffre à aller chercher sur votre avis, pas une moyenne à appliquer.

Question 2. Contre qui vous battiez-vous vraiment ?

Deuxième question, et elle est souvent négligée : le gagnant était-il déjà en place ?

Si vous avez perdu contre le fournisseur sortant, la conclusion n'est pas la même selon le marché. Notre analyse du fournisseur sortant mesure sa rétention réelle, secteur par secteur, et l'écart est considérable.

Toutes les proportions qui suivent se lisent de la même façon : elles disent, quand le titulaire revient défendre son contrat, à quelle fréquence il le conserve.

Dans les marchés de projets, son avantage est faible : il conserve sa place environ 39 % du temps en génie civil, 45 % en bâtiments. Dans les biens récurrents, il est massif : près de 75 % en matériaux de construction, du même ordre en véhicules spécialisés. Entre les deux, l'entretien et la réparation, à environ 63 %.

Ce que ça change, concrètement. Perdre contre le titulaire d'un contrat de matériaux, c'est perdre contre une position structurelle : y revenir chaque année sans rien changer revient à financer la routine d'un acheteur. Perdre contre le titulaire d'un chantier de génie civil, c'est perdre une manche : dans ce marché, le sortant est délogé la majorité du temps.

Le fait le plus contre-intuitif de cette analyse mérite d'être posé tel quel : quand le gagnant précédent revient défendre sa place, il la perd 44 % du temps. Et il ne revient que dans 31 % des cycles. L'avantage du titulaire existe, il est réel, mais il est très loin d'être un verrou.

Question 3. Vous battiez-vous contre un marché, ou contre un mur ?

Troisième question, la plus dure, et celle que personne ne pose après une défaite.

Notre analyse de la concentration montre que parmi les entreprises qui gagnent au SEAO, le 1 % des plus souvent gagnantes obtient 28 % des contrats adjugés et environ 31 % de leur valeur. Une poignée de fournisseurs revient beaucoup plus souvent que les autres.

Mais le chiffre qu'il faut regarder en face est celui-ci : 110 entreprises ont déposé 20 soumissions ou plus de 2022 à 2025 tout en obtenant un taux de succès de 10 % ou moins.

Attention

Soumissionner davantage n'est pas soumissionner mieux. Une entreprise qui dépose vingt dossiers par an dans un marché verrouillé travaille gratuitement pour l'acheteur : elle fournit la concurrence qui légitime le processus, et elle encaisse le coût. Le volume de soumissions n'est pas une stratégie ; c'est parfois le symptôme d'une cible mal choisie.

Ce constat n'est pas une invitation à renoncer. Sur 54 300 entreprises qui ont soumissionné, plus de 46 000 ont décroché au moins un contrat : la majorité gagne. La question n'est donc pas « suis-je capable de gagner », mais « est-ce que je me présente là où j'ai une chance réelle ».

Ce que les données ne vous diront jamais

Il faut être clair sur les limites, parce qu'un chiffre mal compris coûte plus cher qu'une absence de chiffre.

Le SEAO publie les avis, les prix d'ouverture des soumissions et les contrats conclus. Il ne publie pas les notes de qualité attribuées par un comité de sélection, ni les motifs précis d'un rejet pour non-conformité, ni ce qui s'est dit autour de la table. Dans un appel d'offres évalué sur la qualité, les données publiques ne vous diront donc pas pourquoi votre offre technique a été jugée moyenne.

Il faut aussi savoir ce que les prix publiés couvrent : ils le sont pour les appels d'offres fondés sur le prix, et pas pour les autres. Un avis évalué sur une grille qualité-prix ne vous montrera donc ni les notes, ni, le plus souvent, les montants des concurrents. Là où la qualité pèse, la comparaison des prix n'est ni disponible ni décisive.

Pour tout ce que les données taisent, il reste une source, et elle est très largement sous-utilisée : l'organisme lui-même. Il faut distinguer trois choses que l'on confond presque toujours. Ce que le SEAO publie pour tout le monde. Ce que l'organisme doit vous communiquer à vous, soumissionnaire concerné. Et ce à quoi une demande d'accès peut donner ouverture, sous réserve des restrictions applicables.

La deuxième catégorie est la plus mal connue, et c'est la plus utile. Pour les organismes publics, dans les processus comportant une évaluation de la qualité, plusieurs règlements imposent une rétroaction sur demande écrite transmise dans les 30 jours suivant la communication des résultats : l'organisme doit alors présenter les résultats par critère et exposer sommairement les motifs pour lesquels votre soumission n'a pas été retenue. Le motif d'un rejet pour inadmissibilité ou non-conformité doit par ailleurs vous être communiqué.

Pour les organismes municipaux, aucune obligation générale équivalente ne ressort des dispositions en vigueur de la Loi sur les contrats des organismes municipaux ; une obligation peut toutefois découler du règlement de gestion contractuelle de l'organisme ou des documents d'appel d'offres.

Retenez le délai : il court vite, et il ne se rattrape pas. Une demande informelle, elle, ne remplace ni un recours ni un délai prévu par la loi et ne les suspend pas.

Les quatre gestes à poser dans les jours qui suivent une défaite

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Une défaite documentée est un actif. Une défaite classée sans suite est une dépense sèche.

En résumé

Perdre un appel d'offres ne dit rien en soi. Perdre un avis public disputé par six entreprises dans un marché fragmenté, et perdre une invitation face au titulaire installé dans un marché où quelques firmes reviennent sans cesse, sont deux événements sans rapport. Le premier vous invite à revenir. Le second vous invite à changer de cible.

Les données publiques ne vous diront pas quoi soumissionner demain. Elles vous diront lequel des deux vous venez de vivre, et c'est déjà beaucoup.

Retrouvez toutes les analyses et données d'Adjudica sur les marchés publics.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Sources

Source des données

Jeu de données : « Système électronique d’appel d’offres (SEAO) », publié par le Secrétariat du Conseil du trésor, diffusé sur Données Québec sous licence CC BY 4.0.

Traitements : données extraites, nettoyées et analysées par Adjudica ; les chiffres présentés résultent de ces traitements et ne constituent pas une publication officielle du SEAO. Voir nos données.

Données actualisées le 19 août 2026 (corpus au 16 août 2026). Nos calculs comptabilisent désormais plus complètement les contrats gagnés par chaque entreprise, et certaines valeurs de cette page ont été ajustées.

Analyses Adjudica des données ouvertes du SEAO, publiées en détail dans les articles cités : gré à gré (160 508 marchés, 2021-2023), soumissionnaire unique (88 000 avis, 2021-2024), fournisseur sortant (54 500 remises en concurrence, 2021-2026), concentration des fournisseurs (433 000 soumissions, 2022-2025). Les fenêtres d'observation diffèrent d'une analyse à l'autre : chacune est indiquée dans l'article correspondant, avec sa méthode et ses limites.

Cadre légal : règlements pris sous la Loi sur les contrats des organismes publics (RLRQ, c. C-65.1, r. 2, r. 4, r. 5 et r. 5.1) pour les modalités d'ouverture, la communication des motifs de rejet et la rétroaction par critère sur demande écrite dans les 30 jours ; Loi sur les contrats des organismes municipaux, RLRQ, c. C-65.01, art. 49 et 99 ; Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, RLRQ, c. A-2.1, art. 9. Références vérifiées sur LégisQuébec le 18 juillet 2026.

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