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Contrats de génie civil au Québec : pourquoi le deuxième prix arrive si souvent tout près du premier

Intermédiaire5 min de lecture28 juillet 2026
Vérifié 28 juillet 2026
Skander Millequant · Fondateur d’AdjudicaNon affilié au gouvernement

L’essentiel en 30 secondes

  • Des huit secteurs que nous avons mesurés, le génie civil affiche la plus forte part d'attributions par appel d'offres.
  • L'écart médian entre les deux plus basses soumissions y est le plus serré des huit secteurs que nous avons mesurés.
  • Beaucoup de soumissionnaires par appel d'offres ne veut pas dire beaucoup de gagnants différents.

Julien dirige une entreprise de travaux routiers de 60 employés en Estrie. Il soumissionne presque exclusivement sur des contrats publics, et il a l'impression que chaque appel d'offres attire la terre entière. Il n'a pas tort, et c'est mesurable.

Nous avons regardé 14 713 contrats de génie civil attribués au Québec entre 2021 et 2025. C'est, des huit secteurs que nous avons mesurés, celui où les prix sont les plus serrés.

Près de neuf contrats sur dix passent par un appel d'offres

Dans le génie civil, 86 % des contrats sont mis en concurrence. C'est la plus forte part d'attributions par appel d'offres des huit secteurs que nous avons mesurés. À titre de comparaison, dans le bâtiment elle est de 69 %, et dans le matériel informatique de 27 %.

Le gré à gré n'y représente que 14,0 % des contrats. Autrement dit, si vous êtes en génie civil, la très grande majorité des contrats passe par une mise en concurrence plutôt que par une attribution directe. La contrepartie arrive tout de suite.

Quatre soumissions, et un écart médian de 7,8 %

Un appel d'offres de génie civil reçoit en moyenne 4,1 soumissions, avec une médiane de 4. Ces deux chiffres se lisent sur l'ensemble des contrats mis en concurrence, invitations comprises. La part des invitations varie fortement d'un secteur à l'autre, ce qui déforme la comparaison là où elle est élevée ; en génie civil elle est de 8,6 %.

Et l'écart médian entre les deux plus basses soumissions atteint 7,8 %, le plus serré des huit secteurs que nous avons mesurés. Parmi les appels d'offres dont au moins deux prix d'ouverture sont publiés, 36,0 % se décident sous 5 % d'écart.

Ce que montrent les 14 713 contrats du secteur
Écart médian entre les deux plus basses soumissions7,8 %
Décidés à moins de 5 % d'écart (avis à deux prix publiés)36,0 %
Nombre moyen de soumissionnaires par appel d'offres4,1
Appels d'offres n'ayant reçu qu'une seule soumission12,5 %
Part du secteur mise en concurrence86 %

Précision sur la première ligne : il s'agit de l'écart entre les deux montants les plus bas déposés, pas de l'écart entre l'entreprise retenue et celle qui la suit. Nous publions ce que nous mesurons.

Les appels d'offres sans concurrence y sont rares

Seulement 12,5 % des appels d'offres de génie civil ne reçoivent qu'une seule soumission. C'est le taux le plus bas des huit secteurs que nous avons mesurés : dans l'entretien et la réparation, il atteint 33,1 %.

Pour une entreprise qui cherche des dossiers peu disputés, le génie civil est le mauvais endroit. Pour une entreprise qui cherche du volume et qui sait tenir un prix, c'est le contraire.

Beaucoup de soumissionnaires ne veut pas dire beaucoup de gagnants

Voici la nuance qui distingue ce secteur du bâtiment, et elle est contre-intuitive.

Il faut additionner 126 entreprises différentes pour couvrir la moitié des contrats de génie civil attribués par appel d'offres. Dans le bâtiment, il en faut 406.

Le génie civil attire donc plus de soumissionnaires par appel d'offres que le bâtiment, tout en étant concentré entre nettement moins d'entreprises. Les deux faits ne se contredisent pas : les mêmes firmes se retrouvent souvent face à face, sur des marchés qui exigent des équipements et des cautionnements que peu d'entreprises réunissent.

Une réserve honnête sur ce chiffre : les noms d'entreprises du SEAO ne sont pas normalisés, et une même société peut y figurer sous plusieurs graphies. La concentration réelle est donc au moins aussi forte que celle que nous mesurons, jamais moins.

Ce que ça change pour votre prochaine soumission

L'écart se joue en points, pas en dizaines de pourcents. Avec un écart médian de 7,8 % et plus d'un tiers des appels d'offres à deux prix publiés décidés sous 5 %, la deuxième soumission la plus basse finit rarement loin de la première.

Vous affrontez souvent les mêmes. Un secteur où 126 entreprises remportent la moitié des appels d'offres est un secteur où les mêmes noms reviennent. Savoir lesquels se présentent habituellement chez un donneur d'ouvrage change la préparation d'un prix.

Le volume compense la marge. C'est un secteur où la mise en concurrence est la règle et où les écarts sont minces. Le calibrage y vaut plus que l'espoir.

Méthode

Ces chiffres sont mesurés à partir des données ouvertes du Système électronique d'appel d'offres du Québec, sur les contrats attribués entre 2021 et 2025. Un contrat est compté une seule fois, quel que soit le nombre de lots ou d'avenants.

La part mise en concurrence regroupe les appels d'offres publics, les appels d'offres sur invitation, qui ne s'adressent qu'aux entreprises sollicitées, et les achats effectués par un mandataire ou un regroupement d'organismes.

L'écart de prix est mesuré sur les appels d'offres ayant reçu au moins deux montants totaux publiés. Ils représentent 99,2 % des appels d'offres du secteur ayant reçu au moins deux soumissions. Les prix unitaires, non comparables entre eux, sont exclus. Le SEAO ne publie pas le mode d'évaluation retenu : notre mesure décrit donc la densité de la concurrence sur le prix, sans distinguer une adjudication au plus bas prix d'une grille qualité-prix.

Sources

Source des données

Jeu de données : « Système électronique d’appel d’offres (SEAO) », publié par le Secrétariat du Conseil du trésor, diffusé sur Données Québec sous licence CC BY 4.0.

Traitements : données extraites, nettoyées et analysées par Adjudica ; les chiffres présentés résultent de ces traitements et ne constituent pas une publication officielle du SEAO. Voir nos données.

Pour aller plus loin

Cette analyse fait partie de notre série sectorielle, publiée à partir de notre corpus de contrats publics québécois. L'ensemble est réuni dans nos analyses et données.

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