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Voirie, matières résiduelles et eaux : pourquoi les prix y arrivent rarement au coude à coude

Intermédiaire6 min de lecture28 juillet 2026
Vérifié 28 juillet 2026
Skander Millequant · Fondateur d’AdjudicaNon affilié au gouvernement

L’essentiel en 30 secondes

  • Dans les contrats de voirie, de déchets et d'eaux, les deux plus basses soumissions arrivent rarement au coude à coude.
  • Des huit secteurs que nous avons mesurés, c'est celui où la plus faible part d'appels d'offres à deux prix publiés se décide à moins de 5 % d'écart.
  • Six contrats sur dix y sont attribués après mise en concurrence.

Denis dirige une entreprise de services municipaux de 30 employés en Montérégie. Collecte, balayage de chaussée, entretien d'hiver. Il soumissionne chaque année auprès des mêmes municipalités, et il a souvent l'impression que les prix déposés n'ont aucun rapport les uns avec les autres. Les données lui donnent raison.

Nous avons regardé 7 950 contrats de cette famille attribués au Québec entre 2021 et 2025 : déneigement et entretien d'hiver du réseau routier, collecte et traitement des matières résiduelles, nettoyage de chaussées et de puisards, traitement des eaux et réhabilitation de conduites. Les donneurs d'ouvrage sont le ministère des Transports et de la Mobilité durable, les arrondissements de Montréal, la Société de transport de Montréal, et de nombreuses villes.

Les soumissions arrivent rarement au coude à coude

Parmi les appels d'offres de cette famille dont au moins deux prix d'ouverture sont publiés, 19,4 % seulement se décident à moins de 5 % d'écart. C'est la part la plus faible des huit secteurs que nous avons mesurés. Dans le génie civil, elle atteint 36,0 %.

L'écart médian, lui, est de 16,8 %.

Autrement dit : quand deux entreprises soumissionnent sur le même contrat de collecte ou de balayage, leurs prix sont souvent séparés par bien plus qu'un ajustement de marge. Cela suggère qu'elles ne lisent pas le devis de la même façon, ou qu'elles n'ont pas la même structure de coûts.

Ce que montrent les 7 950 contrats de cette famille
Décidés à moins de 5 % d'écart (avis à deux prix publiés)19,4 %
Écart médian entre les deux plus basses soumissions16,8 %
Nombre moyen de soumissionnaires par appel d'offres2,5
Appels d'offres n'ayant reçu qu'une seule soumission32,9 %
Part du secteur mise en concurrence61 %

Ce que ça vaut pour une entreprise qui sait estimer

Un marché où les prix se dispersent est un marché où l'estimation compte davantage que la marge.

Dans le génie civil, où l'écart médian est de 7,8 %, gagner tient souvent à raboter. Ici, l'écart médian de 16,8 % laisse de la place à une entreprise qui a bien mesuré ses tonnages, ses distances de transport ou ses heures de machinerie. Il en laisse aussi à celle qui s'est trompée.

Cela ne veut pas dire que le prix bas gagne toujours facilement. Cela veut dire que le prix juste se distingue.

La mise en concurrence est ici la règle, pas l'exception

61 % des contrats de cette famille sont attribués après mise en concurrence. C'est nettement plus que dans le matériel informatique, où la proportion tombe à 27 %.

Un indice sur la nature de ces contrats, et nous ne mesurons ni leur durée ni leur montant : quand une attribution directe de cette famille déclare un motif au SEAO, elle invoque rarement un montant sous le seuil. Ils sont 24,0 % à le faire, contre 70,7 % dans le bâtiment. Parmi les attributions directes qui déclarent un motif, ce ne sont donc pas surtout de petits contrats.

Cette part se lit sur les 58,7 % d'attributions directes qui déclarent effectivement un motif : les autres n'en publient aucun, et nous ne présumons pas du leur.

Un tiers des appels d'offres n'a qu'un seul soumissionnaire

32,9 % des appels d'offres de cette famille ne reçoivent qu'une seule soumission, et la moyenne s'établit à 2,5 soumissionnaires.

Nos données n'en donnent pas la cause, mais l'explication tient sans doute à la nature de ces contrats : ils exigent de la machinerie, des sites de dépôt et une disponibilité sur le territoire, ce qui restreint le nombre d'entreprises en mesure de servir une municipalité donnée.

Il faut 231 entreprises pour couvrir la moitié des contrats de cette famille attribués par appel d'offres. Dans le bâtiment, il en faut 406.

Une réserve honnête sur ce chiffre : les noms d'entreprises du SEAO ne sont pas normalisés, et une même société peut y figurer sous plusieurs graphies. La concentration réelle est donc au moins aussi forte que celle que nous mesurons, jamais moins.

Le déneigement, un cas à part

L'entretien d'hiver du réseau routier tient une grande place dans cette famille de contrats, avec ses propres saisonnalités, ses contrats pluriannuels et ses exigences de disponibilité. Nous lui avons consacré une analyse distincte : appels d'offres en déneigement, ce que les municipalités évaluent vraiment.

Ce que ça change pour votre prochaine soumission

Votre estimation vaut plus que votre marge. Dans une famille où les prix se dispersent, l'entreprise qui mesure bien ses coûts se distingue sans avoir à raboter.

La présence locale est un actif. Peu de soumissionnaires par appel d'offres, un tiers sans concurrence du tout : être déjà installé sur le territoire compte.

Regardez qui a gagné les tours précédents. Ces contrats reviennent périodiquement : connaître le titulaire sortant et le prix auquel il l'a emporté change la préparation d'une soumission.

Méthode

Ces chiffres sont mesurés à partir des données ouvertes du Système électronique d'appel d'offres du Québec, sur les contrats attribués entre 2021 et 2025. Un contrat est compté une seule fois, quel que soit le nombre de lots ou d'avenants.

La part mise en concurrence regroupe les appels d'offres publics, les appels d'offres sur invitation, qui ne s'adressent qu'aux entreprises sollicitées, et les achats effectués par un mandataire ou un regroupement d'organismes.

L'écart de prix est mesuré sur les appels d'offres ayant reçu au moins deux montants totaux publiés. Ils représentent 93,9 % des appels d'offres du secteur ayant reçu au moins deux soumissions. Les prix unitaires, non comparables entre eux, sont exclus. Le SEAO ne publie pas le mode d'évaluation retenu : notre mesure décrit donc la densité de la concurrence sur le prix, sans distinguer une adjudication au plus bas prix d'une grille qualité-prix.

Sources

Source des données

Jeu de données : « Système électronique d’appel d’offres (SEAO) », publié par le Secrétariat du Conseil du trésor, diffusé sur Données Québec sous licence CC BY 4.0.

Traitements : données extraites, nettoyées et analysées par Adjudica ; les chiffres présentés résultent de ces traitements et ne constituent pas une publication officielle du SEAO. Voir nos données.

Pour aller plus loin

Cette analyse fait partie de notre série sectorielle, publiée à partir de notre corpus de contrats publics québécois. L'ensemble est réuni dans nos analyses et données.

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