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Appels d'offres en informatique au Québec : pourquoi vous en voyez si peu

Intermédiaire7 min de lecture30 juillet 2026
Vérifié 30 juillet 2026
Skander Millequant · Fondateur d’AdjudicaNon affilié au gouvernement

L’essentiel en 30 secondes

  • Des huit secteurs que nous avons mesurés, le traitement de l'information et les télécommunications affichent la plus faible part d'attributions par appel d'offres.
  • Les attributions directes du secteur portent d'abord sur l'entretien, le soutien technique et les licences de systèmes déjà en place.
  • Quand un appel d'offres est lancé, la concurrence y est nourrie, mais une part importante des avis ne reçoit qu'une seule soumission.

Nadia dirige une firme de développement et de soutien applicatif de 22 personnes à Laval. Elle voit très peu d'appels d'offres publics en informatique, et ceux qu'elle voit attirent beaucoup de monde. Les deux impressions se retrouvent dans les chiffres, et elles ont la même explication.

Nous avons regardé 15 773 contrats de traitement de l'information et de télécommunications attribués au Québec entre 2021 et 2025 : entretien et soutien technique de logiciels, licences et abonnements, développement et services professionnels, hébergement et infonuagique, téléphonie et liens de télécommunication. Les donneurs d'ouvrage sont les établissements du réseau de la santé, les ministères et organismes du gouvernement du Québec, les universités et de grandes villes.

La plupart des contrats ne passent pas par un appel d'offres

Sur l'ensemble des contrats du secteur, 23 % passent par un appel d'offres. C'est la plus faible part d'attributions par appel d'offres des huit secteurs que nous avons mesurés. Dans le génie civil, la part mise en concurrence atteint 86 %.

76,7 % des contrats du secteur sont attribués de gré à gré.

Le matériel informatique, que nous mesurons dans une classe distincte, connaît une situation voisine sans être identique : 27 % de ses contrats passent par un appel d'offres. Le traitement de l'information va donc plus loin encore.

Les chiffres de concurrence qui suivent portent tous sur cette part mise en concurrence, soit 3 675 contrats. Elle regroupe les appels d'offres publics, les appels d'offres sur invitation, qui ne s'adressent qu'aux entreprises sollicitées, et les achats effectués par un mandataire ou un regroupement d'organismes.

Ce qui s'attribue directement, c'est surtout ce qui est déjà installé

Les attributions directes du secteur portent d'abord sur l'entretien et le soutien technique de logiciels, sur les licences et sur les abonnements. Autrement dit sur la reconduction de systèmes déjà en place. Le développement, l'intégration et les services professionnels passent, eux, plus souvent par un appel d'offres.

Sur les attributions de gré à gré du secteur qui déclarent un motif au SEAO, 60,4 % invoquent un montant inférieur au seuil d'appel d'offres public, et 17,1 % une des exceptions prévues par la loi, comme le fournisseur unique ou l'urgence. Cette part se lit sur les 62,0 % d'attributions directes qui déclarent effectivement un motif ; les autres n'en publient aucun.

Ce que montrent les 15 773 contrats du secteur
Part du secteur mise en concurrence23,3 %
Contrats attribués de gré à gré76,7 %
Nombre moyen de soumissionnaires par appel d'offres3,9
Appels d'offres n'ayant reçu qu'une seule soumission34,5 %
Sur les seuls avis publics20,5 %

Quand un appel d'offres sort, il est souvent disputé

Un appel d'offres du secteur reçoit en moyenne 3,9 soumissions. Nous ne classons pas les secteurs sur cette moyenne : la part des appels d'offres sur invitation varie de 8,8 % à 43,9 % selon le secteur, et deux moyennes calculées sur des populations aussi différentes ne se comparent pas.

La moyenne recouvre toutefois deux réalités différentes. La médiane est de 2 soumissions, et 34,5 % des appels d'offres du secteur n'en reçoivent qu'une seule. Sur les seuls avis publics, cette part tombe à 20,5 %. Nous ne mesurons pas séparément le taux des seuls appels d'offres sur invitation, et nous ne l'affirmons pas : ce que la donnée soutient, c'est que le taux d'ensemble est plus élevé que celui des avis publics, donc que la part sans concurrence est plus forte hors des avis publics. Combien de dossiers cela représente, nous ne le publions pas. La moyenne, elle, est tirée vers le haut par une minorité d'avis très disputés.

Pour une firme qui hésite à investir plusieurs jours dans une réponse, c'est la nuance qui compte : les avis sont rares, et ils ne se valent pas entre eux.

Combien d'entreprises se partagent la moitié des appels d'offres

Il faut 37 entreprises pour couvrir la moitié des contrats de traitement de l'information et de télécommunications attribués par appel d'offres, sur 1 165 attributaires distincts. Le premier d'entre eux en détient 4,0 %.

Cette moitié se compte sur les contrats mis en concurrence, soit 23 % du secteur.

Une réserve honnête sur ce chiffre : les noms d'entreprises du SEAO ne sont pas normalisés, et une même société peut y figurer sous plusieurs graphies. La concentration réelle est donc au moins aussi forte que celle que nous mesurons, jamais moins.

Ce que ça change pour votre prochaine soumission

La veille des avis publiés ne vous montre qu'une petite partie du secteur. La majorité des contrats est attribuée sans appel d'offres. Ces contrats apparaissent au SEAO au moment de leur attribution : il n'y a pas eu d'appel d'offres à surveiller. Bâtir un développement des affaires sur les seuls avis publiés revient à regarder moins du quart du secteur.

Et tous les avis ne vous sont pas ouverts. Parmi les contrats mis en concurrence, une partie l'est sur invitation : l'avis existe, mais il ne s'adresse qu'aux entreprises sollicitées.

Le moment qui compte se joue souvent avant l'appel d'offres. Quand un contrat porte sur l'entretien, le soutien ou les licences d'un système existant, la question de la mise en concurrence est en bonne partie réglée par le choix initial du système.

Quand un avis sort, attendez-vous à de la compagnie. 20,5 % des avis publics du secteur ne reçoivent qu'une seule soumission, mais les autres en attirent souvent plusieurs.

Méthode

Ces chiffres sont mesurés à partir des données ouvertes du Système électronique d'appel d'offres du Québec, sur les contrats attribués entre 2021 et 2025. Un contrat est compté une seule fois, quel que soit le nombre de lots ou d'avenants.

La classe « traitement de l'information et services de télécommunications connexes » est celle que l'organisme public déclare lui-même au SEAO au moment de publier son avis. Nous ne la recodons pas.

La part mise en concurrence regroupe les appels d'offres publics, les appels d'offres sur invitation et les achats effectués par un mandataire ou un regroupement d'organismes. Tous les chiffres de concurrence de cette page, nombre de soumissionnaires et concentration des attributions, se mesurent sur cette part, soit 23 % du secteur.

La répartition par type de prestation, entretien et licences d'un côté, développement et services professionnels de l'autre, est lue dans les intitulés des avis, qui ne suivent aucune nomenclature imposée. Elle décrit une tendance, pas une mesure exacte.

Le taux d'appels d'offres à un seul soumissionnaire est donné deux fois : sur l'ensemble des contrats mis en concurrence, puis sur les seuls avis publics. Le second porte sur un sous-ensemble du premier, celui des dossiers auxquels une entreprise peut répondre sans avoir été sollicitée. Le complément ne se réduit pas aux invitations : il comprend aussi les achats menés par un mandataire ou un regroupement d'organismes, et les appels d'offres non publiés au SEAO.

Sources

Source des données

Jeu de données : « Système électronique d’appel d’offres (SEAO) », publié par le Secrétariat du Conseil du trésor, diffusé sur Données Québec sous licence CC BY 4.0.

Traitements : données extraites, nettoyées et analysées par Adjudica ; les chiffres présentés résultent de ces traitements et ne constituent pas une publication officielle du SEAO. Voir nos données.

Pour aller plus loin

Cette analyse fait partie de notre série sectorielle, publiée à partir de notre corpus de contrats publics québécois. L'ensemble est réuni dans nos analyses et données.

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